Pour un parlement européen paritaire en 2014





Lors du séminaire "Femmes d’Europe entre elles..." du 6 avril 2013, co-organisé à Paris par la FEPS et la Fondation Jean-Jaurès autour du thème sous forme de question "Un parlement européen paritaire en 2014 ?", les intervenantes ont mis en lumière la difficulté de parvenir à cet objectif lors des élections de mai 2014, voire de maintenir le pourcentage de 35% de femmes députées que compte l’actuel parlement européen. En effet, la grave crise économique que traversent l’Union européenne – et particulièrement la zone euro – risque de faire passer au second plan, dans la campagne électorale, l’exigence de parité et d’égalité entre les femmes et les hommes, déjà si difficile à mettre en œuvre en période de croissance, alors qu’elle est peut permettre d’impulser l’activité, si nécessaire en temps de crise!

Toujours est-il que le scrutin des 22-25 mai 2014 va se dérouler dans un contexte de doute de plus en plus fort exprimé par les Européens sur le projet européen lui-même, comme l’indiquent les derniers sondages disponibles, très parlants à cet égard. Selon une enquête menée par l’institut américain de recherche Pew, le soutien des Européens à l’Union européenne et à l’intégration économique est en nette baisse dans de nombreux Etats membres, notamment en France. Même résultat enregistré par l’eurobaromètre de la Commission européenne d’avril 2013.

Dans leur ensemble, les Européens estiment que leur économie nationale est ébranlée par la gestion européenne de la crise et s’interrogent sur la justesse de la politique d’austérité conduite. Cette situation difficile pour l’UE laisse d’ailleurs anticiper un taux élevé d’abstention. Elle peut faire craindre aussi une montée en puissance des partis eurosceptiques et extrémistes (notamment de droite), ce qui non seulement viendrait remettre en cause l’équilibre historique des deux forces politiques dominantes au sein du parlement européen, les conservateurs du PPE et les sociaux-démocrates (S&D), mais irait à l’encontre du projet des pères fondateurs. Les femmes ne sont pas étrangères à la poussée des formations d’extrême droite : alors qu’elles ont longtemps refusé de leur accorder leurs suffrages, elles ont tendance désormais à voter comme les hommes pour ces formations. La présence de femmes à la tête de certaines d’entre elles facilite cette évolution, alors même que leur idéologie est aux antipodes de la pensée féministe puisqu’elle prône notamment le retour des femmes à la maison et l’instauration d’un salaire maternel, le déremboursement de l’IVG et la promotion du patriarcat.

Malgré ce contexte - et peut-être en raison de ce contexte - il est de la responsabilité des organisations politiques progressistes européennes de se mobiliser pour rappeler les fondements du projet européen, redonner confiance en l’Europe et la réorienter vers la croissance et l’emploi. Dans cet objectif, il importe que les élections de mai 2014 soient des élections européennes à part entière, c’est-à-dire porte sur les enjeux de l’Union,comme le recommande la résolution du parlement européen du 4 juillet 2013 sur l’organisation des élections européennes, d’autant que, comme le remarquait Zita Gurmai, cette élection sera la première après l’adoption du traité de Lisbonne qui renforce les pouvoirs du parlement européen.

Pour Catherine Trautmann, dans cette campagne difficile qui s’annonce sur les plans politique, économique et social, les femmes auront un rôle particulier à jouer pour les élections européennes car si elles font face à un risque de retour en arrière dû à la crise, elles doivent aussi progresser en faisant entendre leurs revendications. Pour la présidente de la délégation socialiste française au parlement européen, comme pour l’ensemble des participantes au séminaire, cela passe notamment par le rappel de l’action de l’Union dans le domaine de l’égalité et de la parité entre les sexes et la promotion, sur les listes et dans les programmes des partis, de ces valeurs constitutives de l’Union européenne, porteuses de démocratie, de progrès économique et de modernisation du système politique, que l’Union a développées à travers l’élaboration d’un corpus juridique égalitaire quasiment unique au monde. On peut même estimer que cette démarche peut contribuer à la fois à contenir le taux d’abstention des Européennes qui représentent 52% du corps électoral, à lutter contre leur euroscepticisme et à les convaincre de voter pour les partis progressistes pour amener au parlement européen issu de ces élections une majorité de gauche.

Pour autant, parvenir à un parlement européen paritaire dans moins d’un an ne sera pas facile. Dès lors, que faire ?

Cette étude propose dix actions à conduire par les partis progressistes européens au cours de la campagne pour les élections de mai 2014 pour tenter d’atteindre cet objectif. Elles ressortent notamment des propositions avancées par les intervenantes du séminaire du 6 avril 2013.