France-Germany: Between Dynamism and Disillusionment



Delivered in French by Jacques-Pierre Gougeon, Professor, member of FEPS Research Group, the study focussed on the role of France and Germany in Europe and the contribution of the French Socialist Party and the German Social Democratic Party to this process.

It was discussed in Brussels on 23 October 2008.

Introduction

Parler de la France et de l’Allemagne ou de ce que l’on a pris communément l’habitude de nommer – de plus en plus à tort d’ailleurs, tant l’usure paraît parfois être à l’oeuvre, – le « couple franco‐allemand », c’est d’abord évoquer l’Europe et la construction européenne, tant ces deux pays fondateurs sont de par leur histoire ainsi que leur poids économique et diplomatique à la croisée de tout grand projet européen, avec des aléas il est vrai, et non sans subir des critiques, notamment en provenance des nouveaux pays membres d’Europe centrale qui ne manquent jamais de relever le moindre soupçon de directoire. Dans certains domaines, les incompréhensions ou les divergences entre les deux pays, de nature souvent « culturelle », se sont révélées être un véritable handicap pour la construction européenne : ainsi en va‐t‐il de concepts comme la politique industrielle, la gouvernance économique, la subsidiarité ou le noyau dur. Certaines données permettent d’évaluer le poids de cet ensemble franco‐allemand qui constitue une sorte de « masse critique » en Europe: la France et l’Allemagne représentent 48,8% du Produit intérieur brut (PIB) de la zone euro, 36% du financement du budget européen, 33% de la population de l’Union européenne, sans oublier, dans le nouveau traité constitutionnel, les 31% des voix au Conseil. Tout observateur averti le constate : si la relation francoallemande ne suffit plus à elle seule à faire bouger les lignes dans une Europe à 27, cette dernière fonctionne mieux et avance plus vite lorsqu’il existe une entente franco‐allemande sur les grands sujets. Si récemment encore le projet d’Union pour la méditerranée, qui devait être un projet phare de la présidence française de l’Union européenne du 2e semestre 2008, à l’origine fort intéressant et porteur d’un renouveau dans la collaboration avec les pays de la sphère méditerranéenne, s’est in fine retrouvé dénaturé et réduit à sa plus simple expression, c’est d’abord faute d’une entente et d’une concertation franco‐allemandes préalables, comme ce fut également le cas au sujet de la tentative française de créer un fonds européen de garantie en réaction à la crise financière... avant que ne soient levés des malentendus franco‐allemands, ce qui a finalement permis l’adoption le 12 octobre 2008 d’un plan d’action des pays de la zone euro pour sortir de la crise financière, repris par les 27 Etats‐membres la semaine suivante et célébré par tous comme un exemple de bonne conduite et de solidarité européennes. Ces phases d’incompréhension étaient intervenues alors que le président de la République française, Nicolas Sarkosy, avait déclaré, le 1er mai 2008, lors de la remise du prix Charlemagne à la chancelière allemande à Aix‐la‐Chapelle: « J’ai clairement conscience de la responsabilité qui pèse sur tous les dirigeants politiques d’Allemagne et sur tous les dirigeants politiques de la France…L’Allemagne et la France, nous sommes des amis, maintenant, pour toujours. On n’a pas le droit de laisser des malentendus ou des contradictions d’intérêts creuser un fossé qui est interdit entre la l’Allemagne et la France…Angela Merkel et moi, nous formons un couple harmonieux ». Un mois plus tard, le 6 juin 2008, à l’occasion de la célébration des 20 ans du Conseil franco‐allemand de la défense, Angela Merkel reprenait, dans un style un peu moins emphatique, ces éléments du pathos franco‐allemand en observant que « nos deux pays sont aujourd’hui de bons voisins dont les liens d’amitié sont multiples et la coopération très étroite ». Ce décalage entre les discours et la réalité politique est un dilemme constant de la relation franco‐allemande, même si depuis l’unification les choses ont un peu changé. Autre donnée importante : l’arrivée au pouvoir dans les deux pays d’une nouvelle génération politique née après la Seconde guerre mondiale, qui n’a plus la même relation émotionnelle au voisin, jusqu’alors en grande partie basée sur les leçons de l’histoire commune et les fruits de la réconciliation. Cette absence d’émotion peut engendrer un rapport plus pragmatique, voire plus offensif, avec ce que cela peut aussi signifier en terme de « banalisation ». Rien n’est plus acquis, comme le montre d’ailleurs l’évolution de la perception du voisin. Ainsi, d’après une enquête de janvier 2008 conduite par l’Institut Allensbach, 68% de l’opinion allemande continuent certes à privilégier une coopération étroite avec la France mais seulement 20% considèrent la France comme « le meilleur ami de l’Allemagne », contre 41% en 20053. La relation franco‐allemande est constamment soumise à l’épreuve, pouvant ainsi faire passer la construction européenne du dynamisme à l’enlisement.